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Député Arba Diallo, ami de Hugo Chavez « Chavez a voulu beaucoup faire »

Accueil > Actualités > Politique • • vendredi 12 avril 2013 à 21h05min
 Député Arba Diallo, ami de Hugo Chavez  « Chavez a voulu beaucoup faire »

Le président du Venezuela Hugo Rafael Chavez Frias est décédé le 5 mars 2013 après avoir lutté pendant deux ans contre le cancer. Les
progressistes et les militants de la Gauche mondiale portent toujours le deuil. Sont de ceux là, le député maire de Dori et ancien candidat à la
présidentielle de 2010, Arba Diallo qui vient de perdre ainsi un ami. Arba était très proche du Commandant Chavez avec qui il était à « tu et à toi ».
Au lendemain de son décès, il invoque ses souvenirs pour dévoiler des pans de leurs relations.

Nul n’est prophète chez
soi, dit-on. Cet adage
va comme un gant à
Arba Diallo, député
maire de Dori et président du
PDS/Metba. Candidat malheureux
à la présidentielle de 2010,
l’homme qui est l’une des figures
de l’opposition politique burkinabè
compte dans son réseau relationnel
certains grands du monde. « Pour
moi, Hugo Chavez était un Camarade
très patriote, très sincère…C’est un
homme qui a voulu beaucoup faire. »
Celui qui fait ce témoignage avait
ses entrées à Caracas au Venezuela
où le président Chavez lui
accordait une oreille attentive. « J’ai
rencontré Hugo Chavez en 1999 par
l’intermédiaire d’un ami. A l’époque,
j’étais dans le système des Nations Unies
comme responsable de la Convention sur
la lutte contre la désertification. Le
Venezuela était intéressé de profiter de
l’expérience de certains pays en matière
de lutte contre la dégradation des sols et
la désertification. », se souvient Arba
Diallo.

Depuis lors, leurs rapports sont
allés en se consolidant et il avait le
privilège d’échanger à deux et
pendant de longues heures avec le
Commandant sur les différentes
expériences. « C’est une période qui, au
fur et à mesure qu’on avançait dans le
temps, s’est révélée intéressante dans
l’évolution du mouvement Chaviste au
niveau de l’Amérique latine. »
Les échanges ne se tenaient pas
seulement dans le cadre des
bureaux du palais présidentiel. Il
leur arrivait de poursuivre les
débats dans l’avion de
commandement de Chavez. Et
cela était presque fréquent au
cours de courts ou de longs vols
quand ils se rendaient soit à Cuba,
à l’Equateur, au Pérou etc. « En
dehors de mes missions officiels, je prenais
des week end et je profitais rester pour
pouvoir échanger avec lui sur certaines
questions. »

Le plaidoyer pour le pétrole

Le Venezuela est un pays
producteur de pétrole. Il passe
pour être la plus grande réserve
mondiale de l’or noire. Arba Diallo,
fort de ses relations avec Caracas,
décide de porter un plaidoyer pour
le pétrole dans l’optique de faire
approvisionner certains pays de
l’Afrique de l’ouest par le pétrole
vénézuélien. « Conscient des difficultés
que nous avions en Afrique de l’ouest en
matière d’énergie, nous avons amorcé avec
eux des discussions sur la possibilité
d’acquisition du pétrole vénézuélien pour
l’Afrique de l’Ouest. Le Benin de
Kérékou et le Niger par l’entremise du
premier ministre de l’époque Hama
Amadou étaient très intéressés par cette
perspective. Par la suite, j’ai voulu
associer le Mali de Amadou Toumani
Touré au processus. L’idée était de
pouvoir permettre à ces pays de nouer un
partenariat stratégique avec le Venezuela
pour acheter directement les produits
pétroliers à des prix très compétitifs. ».
Mais il évite soigneusement
d’ajouter le Burkina Faso sur la
short list des potentiels pays
bénéficiaires des retombés de son
plaidoyer pour des raisons
politiques parce qu’il n’a pas été
mandaté par les autorités du Faso
en ce sens.

Arba Diallo qui dit avoir pris cette
initiative de son propre chef va
orienter son plaidoyer sur la
question du pétrole tant il rêvait de
voir les pays africains s’affranchir
de la domination des compagnies
pétrolières à l’image de certains
pays d’Amérique latine et des
Caraïbes auxquels Caracas a ouvert
ses vannes.
Le Venezuela dont la production
pétrolière gagnait en quantité et en
qualité était favorable à une telle
démarche parce qu’elle était aussi
en quête de marché et entendait
privilégier les échanges Sud-Sud.

Eviter « l’erreur » de Sankara

La proximité entre Arba Diallo et
Hugo Chavez était telle qu’il n’y
avait presque pas de sujets tabous
entre eux. Le Burkinabè ne
manquait pas de lui prodiguer
certains conseils avisés comme
lorsqu’il l’avait dissuadé d’accorder
l’asile sur le sol vénézuélien à
l’ancien président haïtien déchu
Jean Bertrand Aristide à cause de
la mauvaise réputation de ce
dernier.
En outre, il ne se privait pas de
faire percevoir à son hôte les
risques éventuels que regorgeraient
certaines de ses options.
L’affrontement direct et frontal
que faisait montre Chavez à l’égard
des impérialistes n’était
visiblement pas du goût de notre
compatriote. Certainement instruit
par le sort de Thomas Sankara, il
savait par expérience que ces types
de positions charriaient des
dangers multiples et multiformes
sur leurs auteurs. Il arrivait même
que certains de leurs échanges
portent sur la sécurité et la
protection des révolutionnaires.
« Un jour, en partageant avec lui
l’expérience de la révolution burkinabè, je
lui ai répété ce que le président tanzanien
Julius Nyerere avait dit au président
Thomas Sankara. En effet, en 1984,
lorsque j’étais ministre des Affaires
étrangères, j’avais accompagné le
président Sankara en Tanzanie. Nyerere
lui a dis qu’il admirait certes son courage
et son verbe, mais il lui a dit de faire
beaucoup attention à lui car il préférait
avoir un patriote vivant plutôt que de voir
un révolutionnaire mort. En lui
rappelant cela, je voulais attirer son
attention sur le fait que ce n’est pas à tous
les coups qu’on gagne dans un
affrontement et qu’il fallait en tenir
compte pour espérer avoir le temps et la
vie sauve pour mettre en oeuvre son
programme et sa politique anti
impérialiste. »
Ces conseils aux allures
prémonitoires ont de quoi raviver
la polémique sur les circonstances
et les causes de sa mort à 58 ans.

Chavez et le stade de Dori

En règle générale, l’opinion
imagine –à tort ou à raison- la
nature des dividendes que pourrait
conférer éventuellement une telle
proximité. Mais si compter parmi
les amis de Chavez était
assurément un privilège, il faudrait
certainement des lentilles pour
percevoir les signes de la
manifestation de cette amitié à en
croire Arba Diallo. Il affirme
n’avoir pas bénéficié de soutien
quelconque de la part de son ami
Chavez pour ses activités
politiques.

Il dit n’avoir pas forcement vu la
nécessité d’une telle sollicitude et
qu’il tenait avant tout à mettre ses
relations à l’aise. Toutefois, il
reconnait avoir eu recours à
Chavez pour financer certaines de
ses activités au niveau de la
Convention sur la lutte contre la
désertification. « A chaque fois que
j’organisais un événement, il me faisait le
plaisir d’être présent que ce soit en
Allemagne, en Suisse, à Cuba ou
ailleurs. Je lui demandais souvent de
financer des projets au niveau mondial
qui étaient de nature à renforcer la
coopération entre les pays concernés,
notamment les pays d’Afrique,
d’Amérique latine, d’Asie ou qui
concernaient toutes les trois entités
ensemble ! »

L’investissement qui aurait pu
constituer un symbole de l’amitié
entre les deux hommes aurait pu
être un stade. « Nous, on avait voulu
avoir un stade régional à Dori, mais je
n’ai pas insisté là-dessus. On avait même
déjà acheminé les plans, mais ce n’est pas
allé loin. Je n’ai pas insisté outre mesure
parce que si je l’avais fais, cela aurait pu
être perçu comme une provocation par le
régime en place », confesse-t-il.
Arba Diallo dit avoir vu Chavez
pour la dernière fois au début de
l’année 2010. Par ses soins, il a
introduit certains de ses camarades
militants de Gauche de la sous région
chez Chavez. Le Guinéen
Alpha Condé, les Maliens Oumar
Marikho, Aminata Troré ou le Sénégalais
Abdoulaye Bathily avaient souvent
le privilège de voyager avec lui à
Caracas.

Touwendinda ZONGO

MUTATIONS N° 25 du 15 mars 2013. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact :mutations.bf@gmail.com)


- Chavez animait une émission chaque dimanche à la radio télévisée
intitulée : « Allo Présidenté ». Cette émission inter active offrait la possibilité
au public de lui poser des questions. Cette pratique et tant d’autres
faisaient de lui un homme proche de ses concitoyens.

Chavez mangeait les mangues du Burkina

« Le président Chavez aimait les mangues. Et comme je le savais, je lui apportais
souvent lors de mes visites, des mangues du Burkina. Je le taquinais en lui disant que
les mangues du Faso sont plus délicieuses que celles du Venezuela. Il me répondait avec
humour que même s’il reconnaissait que nos mangues étaient délicieuses, elles ne battent
pas les leurs. Et on en riait. » Témoigne Arba Diallo

TZ

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