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Maxime KABORE, président du PIB : « On ne peut pas imposer l’alternance »

Accueil > Actualités > Politique • • jeudi 10 mai 2012 à 01h55min

Voilà un an qu’il a porté sur les fonds baptismaux le Parti Indépendant du Burkina (PIB). Premier candidat indépendant à une élection présidentielle au Faso, il se fraie son chemin dans un monde politique où il ne passe pas inaperçu tant par sa haute stature physique que par sa démarche atypique dans l’abord des situations politiques. Cet homme, c’est Maxime KABORE. Nous l’avons rencontré le samedi 5 mai dernier à son domicile au quartier Cissin de la ville de Ouagadougou. Avec aisance et dans le ton enjoué, quelquefois martial qu’on lui connaît, il répond à nos questions. La vie de son parti, sa participation au Cadre consultatif pour les réformes politiques, sa lecture des évènements qui ont secoué le Burkina Faso au cours du premier semestre de l’année 2011, la prononciation de la non-conformité de la révision de l’article 81 de la constitution pour le Conseil constitutionnel… Autant de sujets abordés sans faux-fuyant ni langue de bois par « L’Amiral » qui s’ouvre à nos lecteurs.

Cela fait un an que vos camarades et vous êtes constitués en parti politique après votre candidature en tant qu’indépendant. Quel bilan faites-vous de la vie de ce bébé ?

Maxime KABORE (M.K) : Cela fait, en effet, plus d’un an que nous avons été amenés à créer le Parti indépendant du Burkina (PIB). Vous savez bien que pour les élections législatives et municipales, il n’y a pas de candidature indépendante contrairement à l’élection présidentielle. Nous participons donc à l’animation de la vie politique comme le dit clairement l’article 13 de la Constitution de notre pays. Notre participation aux élections vise à promouvoir notre jeune démocratie. Nous irons à la rencontre de nos concitoyens pour exprimer notre souhait concret de prendre en considération leurs préoccupations quotidiennes.

La création du parti établie, il reste à inscrire le PIB dans une optique de continuité et dans un processus d’engagement politique positif. Dans un état démocratique, cette approche se concrétise par les élections. Evidemment, une telle démarche nécessite énormément de moyens. Des moyens humains, logistiques, intellectuels, financiers, etc. Toutefois, nous sommes prêts pour affronter les échéances avec sérénité.

Nous ne voulons pas créer un parti autour de la personnalité de son président, mais un parti autour des valeurs comme l’intégrité et la solidarité et d’un objectif, le bonheur partagé pour tous. Pour arriver à cela, il nous paraît important que le parti ne soit pas entièrement tributaire d’une seule et même personne. Il est important que tous les militants, les sympathisants puissent participer et œuvrer à la réalisation de notre projet afin que ce ne soit pas le projet de Maxime KABORE mais le projet du peuple burkinabé. Il est indéniable que le leadership du président est déterminant surtout dans le contexte africain.

La présidentielle de 2010 a montré que le peuple a eu raison de compter sur moi pour impulser une autre manière de faire la politique. Face à la souffrance des gens, je n’ai pas le temps à consacrer aux questions de personnes ou à des futilités. Mon souci et ma priorité, c’est de redonner la dignité à chaque Burkinabè. C’est comment faire en sorte que chaque Burkinabè puisse manger à sa faim, se soigner, se loger décemment et avoir accès au savoir. Le PIB est à la hauteur des enjeux de notre société et saura relever les défis. J’ai une foi qui transporte des montagnes ! Par la grâce de Dieu, nous sommes présents partout au Burkina. Le bilan actuel nous donne des raisons d’espérer encore et nous sommes satisfaits que le PIB soit pris au sérieux par nos concitoyens.

Est-ce qu’on peut dire que vous avez réussi à vous faire de la place ?

M.K : Bien sûr que nous existons ! Notre présence et notre importance dans la vie politique burkinabé sont aujourd’hui indéniables. Même si nous venons de naître effectivement, nous avons vite pris notre envol. Nous avons été présents au niveau des travaux du CCRP (Cadre de concertation pour les réformes politiques). Nous sommes maintenant présents au niveau du comité de suivi et d’évaluation sur les réformes politiques. Nous sommes également présents au niveau des régions où nous sommes en train de placer nos différentes structures. Nous sommes en ordre de bataille pour les élections couplées Municipales/Législatives de décembre 2012. Nous sommes conscients que pour atteindre nos objectifs, nous avons besoin d’une base militante forte et déterminée.

Il est illusoire de penser que moi, Maxime KABORE, je pourrais réussir cette entreprise seul. Nous avons besoin de personnes qui adhèrent à notre vision de la société, qui veulent un changement profond et qui sont prêts à s’investir dans notre projet. Il faut des gens qui s’engagent davantage, qui sont prêts à se donner. Chaque militant doit s’impliquer, et s’interroger sur ce qu’il peut faire pour le parti et non ce que le parti peut faire pour lui. Nous travaillons pour le pays et notre souci, c’est de démontrer à travers ces élections que notre projet de société en faveur du citoyen est crédible. Je peux vous garantir que les gens auront raison de nous accorder leurs suffrages. Nous ne trahirons jamais nos électeurs. Aujourd’hui, le PIB est connu et respecté par la population et les différents acteurs politiques de notre pays.

Quelle appréciation faites-vous du terrain du jeu politique burkinabè maintenant que vous y êtes concrètement ?

M.K : La difficulté et la grande frustration, c’est de constater que certains hommes politiques s’intéressent d’abord aux questions de personnes plutôt qu’à des projets de société. Pour nous, la politique c’est la confrontation des idées et des projets de société. Nous voulons asseoir une démocratie durable en privilégiant le débat. Il est essentiel pour la construction de la Nation que le dialogue puisse se faire à tous les niveaux. Nous devons avoir un langage de vérité et personne ne peut se targuer aujourd’hui d’avoir une majorité pour diriger le pays seul sans tenir compte des autres partis. Donc, on ne peut pas, aujourd’hui, brandir la toute puissance d’un parti et mépriser les petits partis politiques. Ce qui est essentiel, c’est que les acteurs politiques puissent se parler, se respecter et qu’ils aient conscience qu’ils ont une part de responsabilité dans l’adhésion ou la désaffection de la population à l’égard de la politique.

La politique, c’est avant tout s’occuper des affaires de la cité. Mais, si quelques acteurs veulent en faire un business, ou que d’autres pensent que c’est la porte ouverte pour se faire des relations afin de se hisser socialement sans passer par des étapes, c’est fort regrettable. Cette manière d’agir ou de se comporter ternit l’image des hommes politiques. Quand on voit la multitude des partis politiques aujourd’hui, on se rend bien compte que finalement plusieurs n’ont pas de projets. Nous constatons que bien de responsables de partis ont même déjà des problèmes à gérer leur quotidien. La tentation est forte de vouloir utiliser la politique pour ses besoins personnels. Faire de la politique, c’est vraiment donner le meilleur de soi-même pour le bien commun. On ne fait pas de la politique pour s’enrichir, ou pour se faire valoir. On s’engage en politique parce qu’on a envie de donner à ce peuple, je dirai, le meilleur par des projets qui pourront le tirer vers le haut. Des gens se sont illustrés par leur arrogance et les évènements récents ont montré qu’il faut toujours faire attention à ne pas narguer le peuple. Il faut faire attention à ne pas se croire au-dessus des lois. Il faut toujours avoir une certaine humilité et je pense que c’est l’enseignement que nous nous devons de tirer pour le futur.
En novembre 2010, Il y a eu une élection, un candidat a été élu. Il faut respecter la volonté du peuple. La démocratie c’est accepter que ses projets soient refusés par le peuple. Effectivement, je pense que l’alternance est nécessaire dans une démocratie mais c’est au peuple burkinabé de faire ses choix dans les urnes. En tant qu’homme politique, mon devoir est d’exposer des arguments en faveur de ce que je pense être le meilleur pour mon pays.

On ne peut pas imposer l’alternance. Il nous appartient de travailler pour convaincre le peuple de la nécessité du changement. Même s’il y a plus de vingt ans que nous avons les mêmes au pouvoir, il serait illusoire de penser que le parti majoritaire cèdera le pouvoir à l’opposition sans que le peuple ne le lui retire par la voie des urnes. Il faut une mutation profonde car la jeunesse est lasse d’attendre qu’on lui fasse la place. L’opposition au lieu de passer le temps à des querelles intestines qui ne font que l’enfoncer dans le gouffre, devrait aller à la rencontre de nos concitoyens pour les amener à cette alternance pacifique. Nous sommes partisans de la paix sociale, du dialogue et de non-violence. Et je pense que le CCRP, contrairement à ce qui a été dit, vient de nous prouver que par un dialogue, une confrontation d’idées, le Burkina Faso peut avancer dans la démocratie. Il faut un équilibre des forces en place et des institutions fortes, d’où l’importance des réformes en cours. Il est normal que le parti majoritaire ambitionne aussi de rester au pouvoir. C’est le peuple qui aura le dernier mot et sa décision doit être acceptée par tous. Nous sommes en démocratie et il faut accepter le choix du peuple !
Le PIB récuse toute forme de prise de pouvoir par les armes ; les consultations électorales constituent la seule voie d’accès au pouvoir.

Votre participation au CCRP a été hautement saluée par la classe politique dans son ensemble, comment vous, à votre niveau, vous avez vécu les échanges de façon générale ?

M. K : C’est vrai qu’au début il y a eu une crispation. Les gens pensaient que nous y allions pour avaliser les décisions prises par le parti majoritaire. De ce fait, les détracteurs pensaient que le parti au pouvoir avait besoin d’accompagnants pour juste faire de la figuration. Alors qu’en réalité aucune composante n’était dévalorisée ou sous-estimée. En effet, chaque participant avait un droit de véto : le consensus tel que défini, c’est lorsqu’il n’y a aucune opposition expresse à une proposition. Chacun pouvait s’exprimer librement et pouvait user de son droit de véto. Il y avait de toute évidence des préjugés par rapport au parti majoritaire. Les faits ont démontré le contraire ! Les débats se sont déroulés en toute loyauté, dans le respect mutuel. Chacun a pu s’exprimer. Nous avons donné notre point de vue en toute liberté et en toute indépendance. Il est vrai, comme vous le dites, que ma participation a été hautement saluée. Je me suis donné à fond car je suis convaincu que nous avons fait œuvre utile. Mais je dois dire que nous l’avons toujours fait en tenant compte de l’intérêt général. Nous n’étions pas là pour défendre notre point de vue contre celui des autres. Nous avons tenu compte de ce qui pouvait être consensuel ; ce qui pouvait avoir l’adhésion d’un plus grand nombre. Et je voudrais aussi saluer la hauteur à laquelle nous sommes toujours parvenus à trouver le consensus.

Ceux qui n’ont pas voulu participer avaient leurs raisons. Mais je dirai, à mon humble avis, qu’ils ont eu vraiment tort de n’avoir pas été là pour défendre leurs points de vue. C’est dans la diversité, dans le respect des opinions que chacun peut faire valoir son point de vue. Mais en tout cas, c’était un moment formidable, un moment de respect, un moment de démocratie et de débats intenses. Nous n’étions pas d’accord sur tout, la preuve, c’est qu’il y a eu des points non consensuels. Le but, ce n’était pas d’approuver ce qui était fait. Ceux qui pensaient que nous étions là pour faire modifier l’article 37 en ont eu pour leur grade. La preuve, ils se sont bien rendus compte finalement que nous avons été, et nous avons dit ce que nous pensions. Le parti majoritaire aussi a bien défendu son point de vue. Le Président (ndlr : Président du Faso) a quand même pris l’engagement de ne mettre en application que les points consensuels. Les points non consensuels feront l’objet de débats. Nous ne voyons aucune objection à ce que le débat se poursuive ! Pourquoi fuir ou refuser le débat ? Moi, je suis un démocrate et je ne fuis pas le débat. L’essentiel, c’est que les choses se passent dans le respect des uns et des autres.
Donc, c’était une belle leçon de démocratie. Les décisions consensuelles attestent que des gens responsables peuvent s’accorder sur l’essentiel quand chacun est animé par le souci de la paix sociale, de l’intérêt général. Quand l’intérêt de la nation est en jeu, il faut transcender les clivages traditionnels et les considérations partisanes.

Je suis satisfait d’avoir participé au nom du PIB. Notre contribution a été fortement appréciée, saluée et reconnue par toutes les composantes. Je ne peux que m’en réjouir. Mon parti est animé par les valeurs républicaines et nous serons toujours présents pour apporter notre modeste contribution à l’édification d’un Burkina prospère et paisible où personne ne sera au bord du chemin.

Quelles sont les propositions que vous avez faites qui n’ont pas été prises en compte ?

M.K : Ecoutez, nous avons discuté de tout. Nos souhaits ont été pris en considération. Donc, je suis satisfait dans l’ensemble. Il y a eu certes des points comme les candidatures indépendantes, la limitation et le cumul des mandats, la région comme circonscription électorale qui n’ont pas fait l’objet d’un consensus.
Il faut qu’il y ait quand même une alternance générationnelle, il faut que ceux qui sont là, qui ont travaillé laissent quand même la place à d’autres personnes. Nul n’est irremplaçable. Des maires gagneront à préparer la nouvelle génération à prendre leur place. Ils pourront toujours se rendre utiles en aidant les jeunes élus par leurs sages conseils. Il faut savoir se retirer à temps et passer le témoin à la nouvelle génération.

Avec le recul, quelle appréciation faites-vous des propositions qui ont été faites ?

M.K : elles sont pertinentes et l’histoire nous donnera raison d’avoir eu le courage à un moment donné d’affronter les insultes, les quolibets et les moqueries pour faire des réformes nécessaires à l’approfondissement de notre jeune démocratie. Je pense qu’on aurait pu élargir l’amnistie à tous les différents acteurs. A mon avis, il faut élargir l’ensemble de la période pour ceux qui, à un moment donné, ont pu commettre des actes que d’aucuns qualifieront de crimes.

Quel est votre entendement de l’amnistie ?

M.K : L’amnistie, c’est vraiment donner la chance à la paix et à un avenir apaisé. Personne ne gagnera à ce que la tension soit permanente et que l’envie de vengeance soit exacerbée. Il faut donner la possibilité à ceux qui, dans le cadre d’un Etat de non droit ont posé certains actes de ne pas s’inquiéter d’aucune manière ; de jouir de la tranquillité. L’amnistie, veut dire que le peuple pardonne. Ce n’est pas nier ou occulter la souffrance des victimes. Ce n’est pas non plus de l’oubli encore moins de l’impunité. C’est de permettre qu’on tourne la page et qu’on ne parle plus de vengeance. C’est accorder le pardon total et favoriser en quelque sorte la paix sociale. Il faut préserver la cohésion sociale à tout prix.

Certains pensent que les modalités de mise en œuvre des conclusions du CCRP devaient être du ressort d’une structure autonome qui regroupe toutes les sensibilités. Le Conseil des ministres vient d’en adopter le projet de loi de mise en œuvre. Votre commentaire ?

M.K : Lors des assises, il avait été question d’un comité de suivi pour l’application des propositions consensuelles. Ce comité est opérationnel et compte 30 membres qui représentent les différentes composantes à savoir les partis politiques (majorité et opposition), la société civile, la communauté chrétienne, la communauté musulmane, les autorités coutumières et traditionnelles, les structures faîtières. Les membres du bureau des assises nationales sont d’office membres de ce comité. Nous ne sommes pas une constituante. Nous ne sommes pas une commission constitutionnelle. Il ne faut pas non plus se tromper de rôle. C’est un comité de suivi et d’évaluation. Il y a une équipe technique qui propose d’insérer les différentes propositions consensuelles dans la Constitution. Après, le bureau du comité de suivi prépare la rencontre de la prochaine session qui est convoquée par le président du comité. Les membres reçoivent les documents au préalable pour bien s’imprégner du contenu. Pendant la session, on relit les textes, les discussions se déroulent sans aucun problème majeur. Chaque membre peut intervenir pour exprimer son point de vue. Nous ne sommes pas là pour prendre des décisions mais pour nous assurer que tout ce qui a été décidé lors des assises est respecté scrupuleusement.

Le ministre chargé des Réformes transmet au gouvernement le contenu des travaux et enfin les documents sont examinés par l’Assemblée nationale pour adoption. Une fois que les modifications seront insérées dans la Constitution, il y aura bien-entendu des lois d’application qui seront discutées sur les modalités. La formule actuelle me convient. Maintenant, il ne faut pas penser que ceux qui sont au comité de suivi et de l’évaluation sont là pour faire de la figuration. Nous discutons réellement. Il y a un réel travail de suivi et d’évaluation. Nous sommes très vigilants et nous veillons à ce que les propositions consensuelles soient insérées dans les textes. Nous veillerons aussi à leur application effective et efficace.

Certains partis et formations politiques et mouvements associatifs qui ont refusé de participer aux travaux des différentes étapes des réformes ont exigé, aussitôt après leur clôture, l’application fidèle des conclusions qui en ont été issues. A votre sens pourquoi cette contradiction ?

M.K : Voilà ! (Rire). C’est toujours comme ça ! Vous savez, c’est facile de critiquer ou de tout rejeter parce qu’on est de l’opposition. Après, on a vu que finalement, nous avons fait du bon travail ! Certains mêmes qui n’ont pas participé n’ont pas le courage de dire qu’en réalité, ils ont voulu prendre le train en marche. Mais, comme pour l’arche de Noé où beaucoup sont venus lui dire : « Ouvres on va rentrer » Mais, Noé de leur dire : « Non, la porte est fermée ! » Ils doivent avoir le courage de reconnaître qu’ils ont merdé ! Qu’ils aient le courage de reconnaître qu’ils ont fait fausse route. Il n’y a pas de mal à cela. C’est même déjà intéressant et cela fait grandir quand on reconnaît ses erreurs. Maintenant, comme ils n’ont pas été intégrés, ils se sont érigés en fervents fossoyeurs du processus des réformes. Ils contestent tout. Dans leur for intérieur, ils auraient adhéré aux propositions consensuelles. N’oublions pas que dans la liste des propositions débattues lors des travaux, figurent celles de partis de l’opposition qui ont refusé de participer. C’est là une contradiction évidente. Donc, ce qui m’importe, c’est de voir que le train est toujours en marche. Les choses évoluent et ce dans l’intérêt du pays. Ceux qui pensent que nous sommes là pour défendre une catégorie de personnes ou nous aligner derrière un parti se trompent allègrement. Seul l’intérêt général nous motive et mobilise notre énergie.

Et je pense que les points consensuels ont démontré le patriotisme des uns et des autres au sein du CCRP. Et personne n’a le monopole du patriotisme. Il faut avoir l’humilité de reconnaître que les autres aussi ont un cerveau et peuvent aussi bien réfléchir. Nous sommes patriotes, nous voulons le bonheur de notre cher pays. Ce qui aurait été souhaitable, c’est que tout le monde, tous autant que nous sommes, nous nous asseyons sur la même table pour poser les problèmes et dégager les solutions par la discussion. C’est normal qu’il y ait des opinions diverses, des idées divergentes et des positions à défendre. Nous respectons cela. On ne peut pas prôner la pensée unique ! Nous ne méprisons pas ceux qui ont choisi de ne pas assister aux travaux du CCRP. Pourquoi mépriser alors ceux qui y sont allés ? Chacun est libre d’assumer ses choix !

Le PIB veut renforcer le dialogue et la concertation. Le CCRP était un cadre approprié. Nous faisons le choix de la voie pacifique pour la résolution des conflits à l’exclusion de toutes les formes de violence. Nous serons toujours au rendez-vous de l’histoire en participant positivement aux débats importants qui intéressent et concernent la vie de la nation.

Lors d’une interview, vous disiez que les partis politiques au Burkina ne vivent que pour les échéances électorales. Autrement dit, ils sont absents dans le corps social entre deux élections. N’est-ce pas le cas du PIB ?

M.K : Non, aucunement. Pourquoi ? Nous, nous sommes présents. Aujourd’hui d’ailleurs, nous venons de tenir une rencontre avec les jeunes du quartier Zongo. Il y a deux jours, nous étions au secteur 28, vers le quartier Karpala. J’étais là-bas avec les jeunes. Nous sommes avec les jeunes d’ici (ndlr : le quartier Cissin). Que croyez-vous ? Parce que ce n’est pas médiatisé, donc forcément nous ne sommes pas présents ? Nous avons apporté de l’aide alimentaire, près de 30 sacs, à des gens qui sont dans la précarité. C’est parce que nous n’en avons pas fait cas. D’aucuns diront que nous aurions pu faire une conférence de presse pour ça. Nous n’avons pas à mettre tout ce que nous faisons dans la presse. Non ! En réalité, quand on veut travailler, il faut travailler parfois discrètement. Parce que tant que la presse n’a pas fait cas de cela. C’est pas qu’on doit dire que tu ne fais rien. Ce qui est vraiment déplorable, c’est qu’on nous amène parfois à dire déjà ce qu’on a fait. Moi, je suis présent sur le terrain. Savez-vous combien de fois je suis venu ici au pays ? J’assume mes propres dépenses ! Alors, nous participons à la vie de la nation. Nous participons à l’animation, à la formation du citoyen, conformément à notre projet de société.

Le parti a établi son programme d’activités pour les législatives. Les jeunes du parti tiennent des rencontres régulières au cours desquelles nous discutons des sujets intéressants. L’animation aussi, c’est un peu cela ! Ce n’est pas forcément que par les grands meetings à coût d’argent et de publicité que le parti vit. Et la politique, je ne la fais pas parce que j’ai de l’argent mais parce que j’aime les gens. J’aime être aux côtés des populations et poser des questions pour m’enquérir de leur situation. Nous sommes présents au sein des populations et nous allons continuer à être présents. Rien que la semaine passée j’étais à Dédougou. Vous voyez, il y a beaucoup de braves Burkinabè qui font de grandes choses qui ne sont pas médiatisées mais pourtant qui contribuent à rendre la vie sociale paisible et à instaurer la cohésion sociale. Nous sommes aux côtés des plus fragiles avant les élections, pendant les élections et nous resterons à leurs côtés après. C’est précisément après les élections que les masques vont tomber. On saura qui est démagogue et qui s’intéresse vraiment à la souffrance des gens. Je suis convaincu que les gens nous feront confiance car ils ont compris que le PIB est résolument engagé pour le bien commun en toute indépendance.

Notre action n’est pas opportuniste. Si les électeurs nous accordent leur confiance le 2 décembre nous allons travailler à mériter cette confiance après les élections. Mettez nous d’abord à l’épreuve et jugez nous ensuite. La seule manière de nous mettre à l’épreuve c’est de voter massivement pour nos candidats. Je dis aux électeurs : donnez au PIB les moyens de mieux vous représenter et de vous défendre efficacement ! La balle est donc dans votre camp à vous de jouer.

A la faveur des remous sociaux de mi-février 2012, un nouveau gouvernement a été mis en place ; quelle appréciation faites-vous du travail que celui-ci a abattu depuis lors ?

M.K : Je pense qu’il y avait le feu. Il fallait donc éteindre les flammes. Le nouveau Premier ministre (ndlr : Luc Adolphe TIAO) l’a fait. Il fallait jouer les pompiers. Il faut maintenant construire. Parce qu’on ne peut pas toujours faire des promesses. Il faut trouver aussi des recettes pour faire face aux dépenses. Il ne faut pas se leurrer. L’Etat ne peut pas tout faire. Il fallait apaiser les cœurs et permettre que toutes les parties soient entendues ; il y a eu une communication du gouvernement, les missions dans les provinces… Ce qui est important, c’est que le pays retrouve sa quiétude. Nous condamnerons toujours les actes de violence et de vandalisme. Je m’opposerai toujours à des gens qui passent par ces méthodes pour revendiquer.

On peut manifester sa colère, son mécontentement. Mais il faut veiller à ne pas s’en prendre aux édifices publics. Quand on se dit qu’on est en droit de réclamer que la justice se manifeste, on doit également se dire qu’on a le devoir de respecter la loi et avoir un comportement d’hommes politiques respectables. C’est donc le droit des forces politiques et sociales de manifester mais dans la paix et le respect des règles édictées. Il fallait tout réparer, travailler au rétablissement de la conscience citoyenne.

Le gouvernement a fait un travail considérable. Les différents ministres se sont donnés à la tâche et je crois que tout cela a contribué à apaiser. Tout cela est appréciable. Mais ces efforts ont été plombés par le problème alimentaire. On a vraiment un déficit céréalier. A cela il faut ajouter le fait qu’il y a trop de problèmes : la misère, le chômage des jeunes, la prostitution, les enfants de la rue,… on ne peut pas et on ne doit pas nier les problèmes des gens ! La colère est légitime et elle se doit d’être entendue par le pouvoir. Cependant, il faut faire en sorte que cela se fasse dans les normes d’un Etat de droit. Il faut respecter les forces de l’ordre. S’il y a un problème, il faut s’en remettre à la loi. Il y a eu cet évènement malheureux. Cela est incontestable. Mais certains se sont servis de ce fait regrettable pour se défouler. Je pense que l’attitude d’hommes politiques responsables est de manifester mais dans la paix. La colère, même légitime ne doit pas être une justification à la violence et mettre le pays dans le chaos.

Le Premier ministre et les autres membres du gouvernement étaient sur le terrain. Ils ont tenu des rencontres et tout cela a participé à apaiser. Il est vrai que les défis sont considérables. Mais il ne faut surtout pas que dans le souci de vouloir apaiser on en vienne à laisser le pouvoir à la rue. Il faut donner le ton aussi pour signifier que ce n’est pas parce que des gens vont se retrouver à la rue qu’ils vont forcément avoir gain de cause. La population doit savoir que s’il y a un problème, les autorités sont là. Il faut laisser les forces de l’ordre faire leur travail. Il faut que les choses se fassent dans les normes, comme dans un Etat de droit. C’est un message que je lance. Le PIB est un parti libre. Si les actions du gouvernement vont dans le sens du bien commun nous ne manquerons pas de le soutenir sans état d’âmes. Si par contre les mesures ne sont pas adaptées ou sont insuffisantes pour répondre aux impératifs de la situation nous le dirons sans sourciller. Notre opposition est constructive et nous refusons de tomber dans une opposition systématique qui n’apporte rien comme solutions aux problèmes urgents du peuple. S’opposer sans avoir une alternative crédible c‘est faire du vent et de l’agitation stérile. Le PIB est un parti responsable, qui n’aura que seul crédo : la recherche du bien commun par la réalisation des aspirations profondes de toutes les forces vives de la nation.

Comment se prépare le PIB aux élections couplées législatives/municipales prévues pour se tenir en décembre 2012 ? Comment appréciez-vous le travail abattu par la CENI ?

M.K : Nous irons aux élections avec une forte envie de marquer durablement le paysage politique burkinabè. Le PIB fera la place à la nouvelle génération et nous accorderons également une importance particulière à la participation des femmes qui représentent plus de la moitié du pays. Il est plus que temps qu’elles soient plus nombreuses dans les différents conseils municipaux et aussi à l’Assemblée nationale. Le pays ne saurait se développer sans les femmes qui ont un rôle prépondérant dans la survie de millions de familles. Notre préparation se situe surtout au niveau de la mobilisation des électeurs pour l’enrôlement et à la sensibilisation du citoyen sur la nécessité de voter. Le vote est important et utile si on veut vraiment que les choses changent effectivement.

Au niveau de la CENI le travail effectué jusque-là est appréciable. Nous avons un retard dans le processus devant nous conduire aux élections du 2 décembre L’essentiel, c’est qu’elles se déroulent en 2012 dans de meilleures conditions Nous espérons que le choix de la biométrie va apaiser les esprits quant aux résultats de chaque formation ou parti politique. La transparence sera au rendez-vous et la démocratie s’en trouvera plus renforcée. La volonté affichée par la CENI à travers ses missions d’explications et les moyens mis en œuvre aux niveaux technique et humain nous donne de sérieux espoirs sur la bonne tenue des élections couplées.

La non-conformité de la procédure de révision de la loi 81 de la Constitution portant prorogation du mandat des députés a été prononcée par le Conseil constitutionnel. Qu’en pensez-vous ? Y entrevoyez-vous une solution ou à tout le moins une alternative ?

M.K : Cette décision est une surprise monumentale mais elle est bien motivée juridiquement. Allons-nous fonctionner dans un vide juridique après la fin du mandant des députés ? Le président va-t-il gouverner par ordonnance ? De toute façon les députés ont encore le temps pour remettre les choses en ordre avant la fin de leur mandat. La seule alternative c’est de reprendre le texte et de se conformer aux prescriptions du Conseil constitutionnel. Il n’y a pas péril dans la demeure et la prorogation du mandat des députés est loin d’être la préoccupation majeure du citoyen lambda. Il est important que l’Assemblée nationale adopte dès sa prochaine session les modifications en rapport avec les propositions consensuelles du CCRP. Pour la suite, Dieu seul sait comment les choses vont évoluer !

Le Président du Faso, une fois de plus est interpellé pour la résolution de la crise au Mali. A l’étape actuelle où l’on constate des avancées, quelles sont les pistes encore à sonder pour amener les rebelles du MNLA (que le Président Faso veut rencontrer) à surseoir à leur position ? Un mot avant tout propos sur le travail déjà abattu par le médiateur.

M.K : Il n’est un secret pour personne que le Chef de l’Etat a une certaine expérience dans les médiations et en tant que Burkinabè je ne peux qu’être fier de cette image positive du Burkina partout dans la sous-région. Il a été sollicité à maintes reprises pour résoudre des crises dans des pays en proie à la guerre. La situation au Mali est préoccupante. Malgré l’Accord cadre du 6 avril 2012 à Ouagadougou, nous constatons que tout est encore fragile et les choses peuvent dégénérer à tout moment. Les rebelles du MNLA doivent comprendre que l’unité et l’intégrité territoriale du Mali doivent être préservées. Il faut certes privilégier la voie du dialogue et de la négociation. Mais il faut garder à l’esprit le respect de l’intégrité territoriale. Le médiateur a raison d’écouter toutes les parties prenantes, mais on ne peut accepter la déclaration d’indépendance prise de façon unilatérale. Le médiateur est animé par la paix et la résolution de la crise par des moyens pacifiques. Si le MNLA ne saisit pas cette opportunité pour revenir sur sa position il va sans dire que l’option militaire deviendra inéluctable. Le MNLA ne gagnera rien dans la radicalisation et la surenchère. Le peuple malien mérite de vivre dans la paix et la concorde nationale. Le gouvernement malien doit être soutenu dans la restauration de sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Le point de vue du MNLA peut s’intégrer dans une sorte de fédéralisme comme au Nigéria. On pourrait donner plus d’autonomie aux régions mais il faut éviter la partition du Mali.

Je salue l’action du médiateur, qui, une fois de plus, fait honneur au Burkina pour sa sagesse et sa disponibilité à aider ce pays frère à résoudre cette grave crise par la voie pacifique. Ma préférence ira toujours pour la négociation que pour l’usage de la force.

Comment vivent les Africains en général et les Burkinabè en particulier la crise financière en Belgique et en Europe. En tant que politique et ancien leader de mouvement associatif en Belgique, quelles ont été les actions que vous avez engagées pour permettre à la communauté d’y faire face ?

M.K : La crise financière frappe partout et nos confrères qui vivent en Europe n’en sont pas épargnés. Les prix augmentent à un rythme accéléré alors que le pouvoir d’achat ne cesse de baisser. Le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté ne cesse d’augmenter et la solidarité prend un sérieux coup. Chacun pour soi et Dieu pour tous tel est le credo actuel des Africains. Nous étions réputés être solidaires plus que les Européens de par notre culture mais à présent la solidarité et l’entraide s’effritent au profit d’un individualisme inquiétant. La misère est présente. Au lieu de se resserrer c’est le repli sur soi qui prévaut. Ce qui n’arrange pas les choses et fragilise encore plus la communauté. Les associations des Burkinabè se rencontrent parfois pour échanger et partager les expériences. Les étudiants sont très actifs et se soutiennent mutuellement. Chacun se débrouille comme il peut. Personnellement, j’ai hébergé plusieurs de nos compatriot.

Interview réalisée par Wendpouiré Aristide OUEDRAOGO

L’Opinion

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