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Burkina : « Les gens oublient que ceux qui sont à la Fedap-BC sont des militants du CDP »

Accueil > Actualités > Politique • • jeudi 3 mai 2012 à 01h27min

Dans le cadre d’une tournée entreprise auprès des médias, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, pouvoir), était dans les locaux de Fasozine le 25 avril 2012 dernier. Forte d’une délégation de trois membres conduite par le Secrétaire à la trésorerie du parti, Zambendé Théodore Sawadogo, les visiteurs (Antoine Bougma, Jean Christophe Ilboudo et le chef de la délégation) ont réaffirmé l’attachement de leur parti à la liberté de la presse et au renforcement du processus démocratique au Burkina Faso. La rédaction du journal a saisi l’opportunité pour échanger avec ses hôtes sur de grandes questions d’actualité.

Fasozine.com : Qu’est-ce qui explique le renouvellement complet des instances dirigeantes du parti ?

Délégation CDP : Ce qui s’est passé fait partie de la marche normale des choses. Tout parti politique qui veut être viable et mise sur l’avenir doit se remettre en cause. Nous avons procédé à un recentrage au niveau de la direction politique nationale. Notre parti a opéré une ouverture vers le genre et une ouverture vers la jeunesse. L’histoire va nous donner raison. Le CDP se porte bien, nous nous attelons pour mettre en place notre programme d’activités surtout que les élections législatives et municipales couplées arrivent à grands pas.

L’entrée de nombre de militants de la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap-BC) dans le secrétariat exécutif national du CDP fait jaser au point que certains n’hésitent pas à évoquer une OPA…

Les gens imaginent tout le temps des conflits. Ceux qui pensent cela oublient que ceux qui sont à la Fedap-BC sont des militants du CDP. Les responsables de la Fedap-BC dans les différentes régions sont des militants CDP. Quand vous êtes en dehors de ces structures, il vous est difficile d’en faire une bonne lecture. La Fedap-BC est une association qui a accompagné le CDP à travers sa politique de soutien au président du Faso.

Comment le parti appréhende t-il les prochaines échéances électorales, surtout qu’il sera opposé à des formations politiques dont les leaders sont des transfuges du CDP ?

Nous nous préparons normalement. Cette campagne ne ressemblera pas aux autres. Elle sera un peu plus difficile, surtout que le pays a traversé une crise qui a un peu secoué tout le monde. Le secrétariat exécutif national a mis en place un programme d’activités dans lequel il est prévu la préparation des élections couplées. Le couplage, qui est nouveau, rendra encore cette campagne électorale différente des autres. En plus, comme vous le soulignez, il y a d’autres partis dont les leaders sont des anciens militants du CDP. Le parti est une machine électorale bien rôdée, présent dans la quasi-totalité des hameaux du Burkina Faso.

Nous sommes conscients qu’une meilleure organisation constitue déjà un gage, un pas en avant vers des victoires encore plus éclatantes pour notre parti. Et nous affutons nos armes dans cette logique. Au niveau des communes de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso, mais aussi des autres provinces, il sera nécessaire d’opérer quelques réajustements afin d’avoir des structures opérationnelles et prêtes pour les prochaines échéances électorales. Nous ne faisons pas de tintamarre mais vous allez très bientôt nous sentir sur le terrain.

Avec le grand réaménagement qui vient d’être opéré au niveau de ses structures, le CDP sera-t-il prêt pour décembre, date des élections ?

Nous avons un calendrier bien établi. Nous serons prêts pour les élections.

Les instances nationales ayant été complètement renouvelées, faut-il s’attendre à ce que ce coup de jeune touche toutes les structures plus en profondeur ?

Pas vraiment. Géographiquement le redécoupage des communes à statut particulier de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso impose une nouvelle donne qu’il faut prendre en compte. En terme de renouvellement c’est peut être une mise en place de nouvelles structures adaptées à la configuration, au redécoupage de Ouaga et Bobo.

L’image du CDP a souvent été écornée par des scandales liés notamment à la gestion des lotissements par les maires issus du parti. Des dispositions ont-elles été prises pour éviter que de situations pareilles ne se reproduisent après les élections de 2012 ?

Ces maires sont en réalité des cobayes. C’est leur premier mandat pour ce qui concerne les communes rurales. Il faut donc apprécier à sa juste valeur l’action de ces précurseurs. Le foncier n’est qu’un aspect de la question communale. Il y a bien d’autres aspects aussi importants que le foncier. Nous voulons parler de l’assainissement, de la santé, de l’éducation… L’essentiel c’est de tirer les enseignements des difficultés rencontrées et de mettre en place des dispositifs institutionnels à même d’accompagner les prochains exécutifs locaux dans l’accomplissement de leurs missions. Lorsque des élus du CDP ont été impliqués dans ces scandales comme vous les qualifiez, le parti n’a pas hésité à les sanctionner. C’est aussi l’occasion de demander aux médias de ne pas seulement mettre ces cas regrettables en exergue.

L’accent peut aussi être mis sur de grandes réalisations, sans bien entendu, occulter les difficultés qui vont avec, ceci pour nous permettre également de nous corriger. Il faut aussi et surtout attirer l’attention de nos concitoyens sur le civisme fiscal. C’est à travers cela que nous pouvons dégager des recettes pour investir dans nos communes. Tout le monde apprécie la propreté de la ville. Mais il faut que l’on y contribue. Nous voulons des bitumes, des caniveaux, des ouvrages de franchissement, des écoles pour nos enfants… mais il faut bien des ressources pour le faire.

Votre parti est également réputé pour sa générosité dans la distribution de gadgets au cours des campagnes, ce que dénonce régulièrement l’opposition. Allez-vous y mettre fin un jour ?

C’est un sujet qui a été discuté pendant les travaux du Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP). C’est un point qui est resté non-consensuel. Il y a eu des joutes oratoires autour de la question, certains estimant que les gadgets participent de l’achat de consciences. Si nous le faisons, c’est pour permettre à certains de nos militants de bien reconnaitre le logo du parti au moment de voter. Nous ne pensons pas qu’un parti peut acheter la conscience de quelqu’un avec un T-shirt. Il ne faut pas insulter l’intelligence des populations en milieu rural. Au village, les gens sont plus éveillés, contrairement à ce que certaines personnes imaginent. Les gens prendront peut-être vos T-shirts mais ils savent pour qui ils iront voter.

C’est une réalité sur le terrain. Nous la vivons au quotidien. Est-ce qu’un T-shirt peut acheter la conscience de l’électeur ? Pour nous, c’est un débat de salon propre à des citadins. Vous voyez bien qu’il y a des communes dans lesquelles le CDP est minoritaire, comme Banfora, Pô ou Dori… Ces populations ont pourtant eu des T-shirts, du thé, etc., mais ça ne les a pas empêchés de voter pour d’autres partis.

Des voix s’élèvent au Burkina et ailleurs pour souhaiter une alternance en 2015. Le CDP se battra-t-il ou pas pour la modification de l’Article 37 de la Constitution burkinabè qui limite à deux quinquennats le nombre de mandats présidentiels ?

L’article 37 était un des points qui ont fait l’objet de discussions pendant les travaux du CCRP. Il ne figure pas parmi les points consensuels alors que seuls ces points feront l’objet d’une mise en œuvre. Nous ne sommes pas les seuls à faire l’opinion politique nationale. Nous ne sommes pas les seuls acteurs politiques de ce pays. Par conséquent, nous tenons compte de toutes les opinions. Ceux qui ne sont pas d’accord ont leur thèse qu’ils développent. Nous aussi avons la nôtre que nous développons également. Et tant qu’on n’aura pas trouvé de consensus, on en parle plus. L’engagement du chef de l’Etat est clair : la mise en œuvre des points consensuels. Cela afin de pouvoir bâtir de façon forte notre démocratie et enraciner cet esprit républicain au niveau des citoyens.

Donc, l’article 37 n’est pas un point à l’ordre du jour. L’alternance n’est pas un vain mot en ce sens qu’elle permet d’améliorer, d’injecter du sang neuf afin d’avancer. Mais comme on le dit aussi, on ne change pas une équipe qui gagne. On peut écrire beaucoup de livres sur l’alternance. Ce qui nous intéresse actuellement, c’est comment mettre en œuvre le programme pour lequel le chef de l’Etat a été élu jusqu’en 2015. C’est pour cela que nous mobilisons toutes nos énergies. Nous voulons réussir ce programme pour le bien-être des populations. Pour le reste, nous verrons plus tard. En réalité, la question l’alternance ne devrait même pas se poser. La Constitution, tout comme les lois et règlements réunissent les conditions organisant l’alternance. Si les autres partis travaillent mieux que nous, s’ils ont des idées plus convaincantes, un programme beaucoup plus pertinent que celui du CDP, ils nous renverseront lors des votes et nous passerons dans l’opposition.

En tant que parti au pouvoir pensez- vous que nous vivons actuellement une simple accalmie ou que la paix définitive est revenue après la crise sociopolitique que le Burkina a traversée ?

Le Burkina Faso n’a pas été le seul pays à avoir traversé une crise. Et lorsqu’on en arrive aux causes profondes de la crise, on se rend compte qu’elle est due au décalage entre cette jeunesse qui monte et l’existant. C’est ce fossé qu’il faut combler afin de pouvoir vivre en phase avec tout le monde. La jeunesse représente 80% de la population du Burkina Faso. Tout le monde l’a compris, en commençant par le chef de l’Etat lui-même qui a organisé un certain nombre de rencontres avec les jeunes. Pour nous, la crise est passée. Il faut cependant travailler à consolider ce qu’on a déjà engagé pour combler ce fossé.

Sur un plan plus personnel, Jean Christophe Ilboudo a-t-il toujours des ambitions pour la mairie de Ouagadougou ?

Jean Christophe Ilboudo : Je n’en ai jamais eues. Le CDP est une grande formation politique où il n’y a pas de place pour les ambitions personnelles. J’ai été deuxième adjoint au maire et j’en suis actuellement le premier adjoint. Donc je sais quelles sont les difficultés liées à la tâche. En temps opportun, le parti responsabilisera celui qui, parmi les militants du CDP, sera à même de relever le défi.

Aura-t-on un Zambendé Théodore Sawadogo plus disponible n’étant plus ni Directeur général de la Loterie nationale burkinabè (Lonab) ni président de la Fédération burkinabè de football (FBF) ?

Zambendé Théodore Sawadogo : Je suis au repos après avoir rendu de bons et loyaux services pendant 11 ans à la Lonab et quatre années à la tête de la FBF. Il faut que je me repose un peu. Et je le fait, tout en m’occupant des finances du parti.
Qui des deux candidats du second tour de la présidentielle française, Hollande ou Sarkozy, le CDP soutient-il ?
C’est le peuple français qui décide.

Comment appréciez-vous la participation du Burkina Faso à la libération d’otages occidentaux ?

C’est la géopolitique qui le demande. En dehors de ce qui s’est passé il y a quelques mois (crise sociopolitique et militaire au Burkina Faso, NDLR), vous remarquerez que le Burkina Faso jouit d’une certaine stabilité, ce qui n’est pas le cas pour tous les pays en Afrique de l’Ouest et même en Afrique du Nord. Notre président est un fin négociateur, reconnu sur le plan africain et international. Il en a le don, il en a la méthode. C’est une mission d’abord humanitaire que de participer à la libération d’otages. Il faut savoir que c’est une conjonction de stratégies au niveau africain et international qui permet d’arriver à ces résultats. Nous estimons que ce sont des bonnes œuvres et si ça peut faire renforcer la côte du Burkina, tant mieux.

C’est un gros investissement sur les plans intellectuel et de temps. Ce qu’il faut retenir, c’est le respect et la considération que le pays gagne. Quand une médiation réussit, c’est tout le monde qui y gagne. La paix revenue en Côte d’Ivoire par exemple, ce qui permet à nos parents qui y vivent de travailler et même de rapatrier de l’argent. De même, les relations commerciales entre les deux pays reprennent.

Fasozine

Vos commentaires

  • Le 3 mai 2012 à 18:17, par sidnoma En réponse à : Burkina : « Les gens oublient que ceux qui sont à la Fedap-BC sont des militants du CDP »

    C’est se leurrer que de croire que ceux qui sont à la Fedap-BC sont tous des militants du CDP. Où classez vous les militants de tous les partis de la mouvance présidentielle dont le RDA et les membres de la société civile qui y militent ?. Si certains cdes du CDP "vrai" sont arrivés à faire cette distinction, c’est parce qu’il y’a un vrai problème de fond que vous qui disposez actuellement de la faveur du PF n’ignorez pas.Dans certaines provinces,lors des municipales et législatives passées, les responsables de la Fedap-BC ont battu férocement campagne contre les listes du CDP. Aujourd’hui se sont eux qui font la pluie et le beau temps. chers cdes du SEN, qui est dupe pour avaler cette couleuvre ? Si le parti est fait pour servir les intérêts d’une famille, les vrais démocrates sauront prendre leurs dispositions et gare à vous si vous retouchez aux structures locales avant les élections. Le cas du Sénégal s’abattra sur vous.

    Répondre à ce message

  • Le 3 mai 2012 à 19:58 En réponse à : Burkina : « Les gens oublient que ceux qui sont à la Fedap-BC sont des militants du CDP »

    C’est juste que ceux qui sont de la Fedap Bc.Mais ceux qui se battent pour se faire prendre en compte sont du CDP et ont participé à la campagne pour la présidentielle. Le danger est que les CDPistes ne veulent pas sentir ceux de l’autre bord.Ils ont peur de perdre leur position.Pourtant ils ont perdu leur légitimité dans certaines communes et montent des milices pour frapper ou terroriser les militants de la FEDAP BC

    Répondre à ce message

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