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Boureima Ouédraogo, directeur de publication du Reporter : « Nous pouvons faire partie des meilleurs »

Accueil > Actualités > Portraits • • lundi 17 janvier 2011 à 01h13min

En juin 2007, le Reporter fait son apparition dans l’espace médiatique burkinabè. A sa tête, un jeune directeur de publication ayant fait ses armes dans un quotidien de la place, en l’occurrence les éditions Le Pays : Boureima Ouédraogo. Pour le positionnement de son canard par rapport aux genres journalistiques, M. Ouédraogo opte pour l’investigation et le grand reportage. Avec un tirage moyen de 6000 exemplaires, son bimensuel se positionne aujourd’hui comme le journal le plus critique et peut-être, le plus lu du Burkina. Boureima Ouédraogo est un homme très sûr de lui, un esprit libre, arrogant à la limite, mais quelqu’un qui a un objectif très clair : faire avancer la démocratie. Mais, qui est au juste ce DP progressiste ?

L’enquête, le grand reportage, bref les genres nobles. Ce n’est peut-être pas trop de dire que l’équipe dirigeante du Reporter a choisi les genres les plus difficiles car source d’ennuis. Boureima Ouédraogo, le directeur de publication en est conscient mais tient à assumer sa responsabilité : celle d’informer et de participer à l’assainissement de la gestion des affaires publiques. « Dire la vérité est le premier principe du journalisme et non un acte de courage », estime-t-il.

Né le 29 août 1973 à Ouahigouya au Burkina Faso, il passe tout le cursus scolaire dans son Yatenga natal. Après un Baccalauréat série A4 obtenu en 1993, Boureima s’oriente en sociologie à l’université de Ouagadougou où il obtient la maîtrise en 1997. Puis, il est recruté comme journaliste aux éditions le Pays qu’il quitte en décembre 2003. Depuis mars 2004, il monnaie son savoir dans l’ONG « laboratoire citoyenneté ».

La citoyenneté, la gouvernance locale et l’appui aux processus de décentralisation en Afrique de l’Ouest ; ce sont là leur domaine d’intervention. Il est par ailleurs le représentant au Burkina du réseau « Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique ». Quasiment, tous les Etats africains sont en décalage avec leurs sociétés. L’Etat semble se réduire à une minorité de gouvernants qui ont plein pouvoir et qui décident et agissent au nom du peuple. Nous sommes tous autant responsables de la situation, selon Boureima Ouédraogo. Mais, « d’autres le sont encore plus parce qu’ils ont le pouvoir de décision ». Il convient donc d’adapter nos systèmes de gouvernance à notre contexte. Cette vision de la gouvernance dont il fait sienne se ressent très souvent dans les productions du Reporter.

Le directeur de publication du Reporter est aussi membre du réseau Alternative qui est en chantier et vise à capitaliser les réflexions sur les questions de gouvernance au Burkina. Objectif : aider les acteurs à repenser le mode de gestion des affaires publiques en s’appuyant sur les acquis du processus de décentralisation.

Boureima est militant, mais peut-être un peu moins qu’il y a peu. Il a traversé pratiquement tous les réseaux de journalistes au Burkina, mais s’est retiré progressivement. En 2003, il assurait le secrétariat aux relations extérieures de l’association des journalistes du Burkina (AJB). Même si le bureau n’a pas été renouvelé depuis lors, il s’est auto-exclu pour être en conformité avec les règles de l’association qui veuille qu’un directeur de publication ne soit pas membre du bureau.
Nominé une fois au prix galian, il n’est bénéficié jusque là d’aucune récompense particulière en journalisme. « Nous sommes des ouvriers et Dieu seul sait que les distinctions, ce n’est pas du côté des ouvriers », déclare-t-il.

Une expérience décevante en politique

La politique ? Boureima en a une expérience décevante. Il a milité dans l’ODP/MT à ses premières heures lorsqu’il était élève au lycée Yamoaya de Ouahigouya. Il quitte l’ODP/MT avant même l’élection présidentielle de 1991, fait un tour au BSB pour un temps aussi bref qu’à l’ODP/MT. Puis, adieu la politique. Depuis lors, aucun homme politique n’a réussi à l’emballer au point de l’inciter à tenter une autre expérience. « Jusque là, j’ai un grand regret par rapport aux animateurs de la scène politique au Burkina », s’attriste-t-il. Boureima dit ne pas être disposé à militer dans un parti politique où tout le monde fait l’éloge du président. « Je ne suis pas griot, je suis d’une famille princière, je ne peux pas chanter les louanges de quelqu’un », affirme-t-il. D’ailleurs, pour le burkinabè ordinaire, la politique est l’affaire « des menteurs, des voleurs et tout ce qui s’en suit », rappelle-t-il.

Frôlant la quarantaine, Boureima Ouédraogo n’a glissé son bulletin dans l’urne que deux fois (référendum constitutionnel de 1991 et la première législature de la 4e république en 1992). Depuis lors, il se tient loin des bureaux de vote car, à l’Etat actuel le jeu ne semble présenter aucun intérêt. « C’est juste pour maintenir le système en place et permettre à quelques individus d’engranger quelques postes juteux », pense-t-il. « Je ne me sens pas concerné », ajoute-t-il. Mais, curieusement Boureima Ouédraogo faisait partie des 3,2 millions d’inscrits pour la présidentielle 2010. A-t-il voté le 21 novembre dernier ? Parions que non.

Boureima est un homme de principe et ne fais rien pour plaire ou déplaire à qui que ce soit. « Si je plais à quelqu’un tant mieux, si je déplais tant pis », aime-t-il à dire. N’allez donc pas chercher un parrain pour le bimensuel qu’il dirige. D’ailleurs, le jeune Yadga (mossi du Yatenga) semble très arrogant pour supporter les caprices d’un mentor. « Je suis issu d’une famille princière, je n’ai pas appris à ramper et je ne vais ramper devant personne », s’emporte-t-il presque lorsque nous cherchons à savoir le soutien financier ou politique du Reporter. « Ceux qui veulent peuvent nous croire, ceux qui ne veulent pas nous croire, on s’en fout ». De toute façon, « au Reporter, on ne se sent ni plus proche ni plus loin de qui que ce soit », ajoute-t-il.

Musulman pratiquant, Boureima ne cesse de remercier Allah. Sa liberté d’initiative et d’entreprise n’a jamais été remise en cause. « C’est peut-être aussi là une chance que tout le monde n’a pas », reconnait-il. Son journal remue permanemment le couteau dans la plaie, touchant aux dossiers brulants de corruption et de mal gouvernance. Ce qui accroit sa notoriété. Qu’à cela ne tienne, il se considère toujours comme un apprenti en ayant toujours à l‘esprit qu’il n’est pas plus cultivé que ceux qui le lisent. Pas de starmania. Ce qu’il reproche d’ailleurs à certains journalistes dits célèbres. « Il faut rester soi-même », dit-il.

Pour Boureima Ouédraogo, le problème de la presse aujourd’hui, ce n’est pas le politique mais la presse elle-même. « Nous faisons ce que nous reprochons aux politiciens », déclare-t-il. « Tu vas mettre des mois à courir derrière une information, après il y a un farfelu qui s’assoit derrière un bureau climatisé et qui écrit des conneries pour défendre la personne incriminée », s’indigne-t-il. Le patron du Reporter demande à ses confrères de s’affirmer par la qualité de leur travail et non par leur qualité à courir derrière les acteurs politiques ou économiques. C’est la seule façon de redonner à la presse ses lettres de noblesse car « on ne fait pas partie des pires mais, on peut faire partie des meilleurs », précise-t-il. Par rapport à la subvention de l’Etat à la presse, Boureima suggère d’aider plutôt les organes ayant peu de moyens car les grandes entreprises de presse peuvent se débrouiller toutes seules. « C’est regrettable de voir un journal qui se meurt », conclut-il

Moussa Diallo

Faso-tic.net

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