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Virginie Mireille Zerbo : Une cireuse de charme

Accueil > Actualités > Portraits • • lundi 15 septembre 2008 à 13h02min

On connaissait les garçons-cireurs assis à l’entrée de certains maquis et services ou qui sillonnent la ville de Ouagadougou à la recherche de chaussures à réparer ou à cirer. Mais des femmes exerçant dans le cirage des pompes... Sauf erreur donc de notre part, Virginie Mireille Zerbo est la première et la seule à l’heure actuelle à faire ce job éminemment masculin. Nous l’avons rencontrée ce mercredi 27 août 2008 dans un bar de la capitale où elle officie. Entretien avec cette cireuse de charme qui ne mâche pas du tout ses mots.

Comment en êtes-vous arrivée à cirer les chaussures ?

• En fait, c’est mon père qui m’a appris le cirage de chaussures à mon enfance. Et je cirais souvent ses chaussures à la maison. Mais tout a vraiment commencé en 2000 quand j’ai échoué au Bac G2. J’étais profondément découragée. Un jour, je me suis rendue chez les cordonniers qui sont aux abords du ciné Rialé non loin du grand marché pour faire réparer ma chaussure. J’ai remarqué que ces derniers réparaient tous, mais qu’il n’y avait personne spécialement pour cirer.

J’ai demandé au chef-cordonnier si je pouvais le faire. Il m’a répondu qu’il n’y avait pas de problème, que je n’avais qu’à m’acheter le matériel nécessaire et venir m’installer. C’est ainsi que j’ai appris durant 2 ans à leurs côtés en travaillant gratuitement pour eux pendant les vacances scolaires.

Que faisiez-vous durant l’année scolaire ?

• J’ai fait une formation en informatique et je possède d’ailleurs une attestation de maîtrise de la saisie et des logiciels Word et Excel. En 2002, pour m’empêcher de continuer à cirer les chaussures quand il a su que je le faisais, mon père m’a inscrit à l’école nationale de santé dont je suis sortie infirmière brevetée en 2004. Malheureusement je n’ai pas réussi au test d’intégration, donc je suis revenue à mon premier amour, le cirage de chaussures.

Mais pourquoi ce métier plutôt qu’un autre, surtout avec les diplômes que vous avez ?

• Pour être indépendante. Je ne supporte pas de travailler sous les ordres d’un patron et d’être forcée de répondre à ses moindres caprices et de fois à ses avances. Au début, avec mon CAP d’aide-comptable, j’ai essayé dans un cabinet de comptabilité mais ça n’a pas marché pour les raisons suscitées. En janvier de cette année, je me suis installée ici où je loue la place à 250 F par jour soit 7 500 F le mois. Ce qui fait que je suis la seule à pouvoir cirer les chaussures dans le maquis.

Comment se déroule une journée de travail ?

• Je travaille tous les jours de la semaine sauf naturellement les jours de fête. Le matin je prépare mon repas de midi et j’enfourche mon vélo pour venir au maquis. Je commence à travailler vers 10h30. Une fois, mon matériel installé, j’aborde les clients pour savoir s’ils ont besoin de mes services. Les habitués me font appel eux-mêmes. J’arrête entre 18 et 18 h 30 quand il fait sombre, je mange et je rentre chez moi.

Combien gagnez-vous par jour ?

• Environ 1 500 F. Je cire la paire de chaussures à 100 F CFA mais souvent en plus de ça les clients me donnent des pourboires ou même des cadeaux pour m’encourager.

Cela vous suffit-il pour vivre ?

• Oui, puisque je suis célibataire et sans enfants. Avec ce que je gagne, j’arrive à me nourrir, à me vêtir et à payer la maison où j’habite seule à Gounghin. C’est vrai qu’il faut souvent serrer la ceinture surtout avec la vie chère mais je ne me plains pas particulièrement et j’arrive à économiser.

Quels sont les problèmes que vous rencontrez ?

• C’est surtout à mes débuts que j’ai rencontré plein de problèmes. Comme je le disait tantôt, mon père n’était pas d’accord quand il a su. Pour lui, ce n’est pas un métier de femme et je n’avais même pas à le faire, vu les diplômes que j’ai. Mais j’ai réussi à le convaincre et il a cédé face à ma détermination. Je travaille maintenant avec la bénédiction de mon père.

Au tout début aussi, j’ai rencontré plein de difficultés avec les garçons-cireurs qui m’ont souvent bastonnée par jalousie, parce que je leur retirait les clients qui préféraient bien sûr qu’une femme s’occupe d’eux. Maintenant, c’est fini, ils ont arrêté comme je suis la seule à avoir le droit de cirer dans ce maquis, je n’ai plus de problème de concurrence, et en plus, tout le monde m’encourage.

Quel est votre secret ?

• L’amour du travail. Pour cela, j’utilise le meilleur cirage de la place de la marque "Kiwi" à la différence de certains de mes collègues qui utilisent le "Luge". C’est aussi pour ça que je suis plus cher. De plus, mon petit secret, je sais comment m’y prendre pour faire briller spécialement la chaussure (séance tenante elle nous fait une petite démonstration).

Il n’y a pas de boulot exclusivement réservé aux garçons, j’en suis une preuve vivante. Et si jamais, il y a des filles qui sont intéressées par mon métier, je suis tout à fait disposée à les former.

Propos recueillis par
Hyacinthe Sanou
(Stagiaire)
L’Observateur Paalga

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